Tempérance
La tempérance désigne historiquement le mouvement social et moral prônant la modération ou l'abstinence totale de boissons alcoolisées, né au XIXe siècle en réaction aux ravages de l'alcoolisme industriel. Par extension contemporaine, le terme désigne une posture éthique personnelle de rapport mesuré et conscient à toute substance psychoactive, incluant l'alcool. Dans le discours actuel des boissons zero-proof, la tempérance est souvent citée comme héritage culturel, tout en étant distinguée du positionnement hédoniste et inclusif des marques modernes.
Le mouvement de tempérance a émergé simultanément aux États-Unis, au Royaume-Uni et en France dans les années 1830-1840, porté par des mouvements religieux protestants et des réformateurs sociaux préoccupés par les conséquences de l'alcoolisme sur les familles ouvrières. En France, la Ligue nationale contre l'alcoolisme, fondée en 1872, a milité pour des restrictions à la vente d'alcool et pour la promotion de l'eau minérale et des boissons fermentées légères.
L'héritage de la tempérance pèse encore sur la perception des boissons sans alcool : dans l'imaginaire collectif français, ne pas boire est souvent associé à une contrainte morale, religieuse ou médicale plutôt qu'à un choix épicurien. Les marques de boissons zero-proof contemporaines travaillent activement à déconstruire cet héritage en proposant des produits qui s'inscrivent dans la culture du plaisir plutôt que dans celle de la privation.
La différence fondamentale entre la tempérance historique et le mouvement sober curious contemporain réside dans le registre : là où la tempérance était prescriptive et souvent moralisatrice, le mouvement actuel est personnel, inclusif et hédoniste. On ne demande pas aux autres de ne pas boire ; on revendique le droit de ne pas boire en profitant d'une expérience gustative équivalente.
Fait historique méconnu : la Prohibition américaine (18e amendement, 1920-1933), issue du mouvement de tempérance, a paradoxalement stimulé la créativité cocktail clandestine et contribué à professionnaliser la bartenderie en exilant les meilleurs barmen américains vers l'Europe, notamment à Paris, où ils ont fondé des institutions comme le Harry's New York Bar.