Pourquoi le mois sans alcool belge tombe-t-il en février et pas en octobre ?

Parce qu'il n'est pas né du même mouvement. La Tournée Minérale a été lancée en février 2017 par la Fondation contre le Cancer, comme campagne de santé publique nationale et non comme déclinaison locale d'un défi anglo-saxon. Le calendrier a été choisi pour le mois le plus court de l'année, juste après les fêtes, et l'ancrage a tenu : plus de 120 000 inscriptions dès la première édition.

Le défi d'octobre a une autre généalogie. La charité australienne Life Education organisait depuis 2010 une collecte sans alcool baptisée Ocsober, et Macmillan Cancer Support a lancé la version britannique, Go Sober for October, en 2014. La Belgique n'a donc pas décalé un défi existant, elle en a créé un séparé, avec ses propres opérateurs et sa propre évaluation.

Cette indépendance a une conséquence pratique pour un participant belge. Une inscription à Sober October finance une association britannique et suit des règles britanniques, alors qu'une Tournée Minérale s'appuie sur des outils francophones et flamands, gratuits et sans collecte de dons. Les deux formats ne se concurrencent pas, ils ne s'adressent simplement pas au même public.

Qui pilote la Tournée Minérale depuis que la Fondation contre le Cancer a passé le relais ?

Deux associations de prévention, une par communauté linguistique. Depuis l'édition 2021, la Fondation contre le Cancer a transmis la campagne : le VAD et De DrugLijn la portent en Flandre, l'asbl Univers santé en Belgique francophone. La marque Tournée Minérale reste déposée, et la campagne bénéficie du soutien de la Cocof, du Plan de relance de Wallonie et de l'AVIQ.

L'édition de février 2026 est la dixième. Près de 1,5 million de Belges déclarent avoir fait la Tournée Minérale au moins une fois depuis 2017, ce qui en fait, rapporté à la population, l'un des défis de modération les plus suivis d'Europe. Le rapport d'évaluation Indiville de 2025 relève que 80 % des participants ont ressenti au moins un effet positif du mois sans alcool et qu'un participant sur trois déclare avoir diminué sa consommation depuis sa première participation.

La toile de fond justifie l'effort. Selon la cohorte belge santé et bien-être BELHEALTH de Sciensano, 18 % des Belges de 15 ans et plus, soit environ un sur six, présentent des signes de surconsommation d'alcool.

Verres de cidre doré posés sur une table en bois

Un mois sec est d'abord une expérience comportementale. Les effets qui persistent concernent l'habitude de boire, pas la biologie.

Que mesurent réellement les études sur un mois d'abstinence ?

Quatre travaux servent de référence et ils ne mesurent pas la même chose. Deux portent sur des marqueurs physiologiques à quatre semaines, deux sur le comportement à six mois. Les confondre produit la plupart des affirmations excessives qui circulent chaque automne, du type « un mois sans alcool régénère le foie », que la littérature disponible ne soutient pas sous cette forme.

Étude et annéePopulation suivieObjet de la mesureRésultat principal
Mehta et coll., BMJ Open, 201894 abstinents, 47 témoinsMarqueurs métaboliques à 1 moisScore HOMA -25,9 %, systolique -6,6 %
de Visser, Université du Sussex, 2019Plus de 6 000 adultes, 3 vaguesConsommation à 6 moisConsommation encore réduite en août
Thienpondt et coll., Université de Gand, 2017Participants Tournée MinéraleConsommation à 6 moisBaisse moyenne de 20 %
Indiville, rapport 2025Participants Tournée MinéraleEffets ressentis et suivi80 % citent un effet positif

L'étude de Mehta et de ses collègues reste la plus citée pour les marqueurs. Elle a suivi 94 buveurs modérés à importants pendant un mois d'abstinence, contre 47 témoins qui continuaient à boire, avec une consommation initiale moyenne de 258,2 grammes d'alcool par semaine. Le groupe abstinent a vu son score HOMA de résistance à l'insuline reculer de 25,9 %, sa tension systolique de 6,6 %, sa tension diastolique de 6,3 % et son poids de 1,5 %. Deux facteurs de croissance liés au cancer ont chuté davantage : le VEGF de 41,8 % et l'EGF de 73,9 %.

Ces mouvements sont importants et l'échantillon est petit. Les participants buvaient nettement au-delà des repères, le protocole était observationnel et non randomisé, et le suivi s'arrêtait à la fin du mois. Ce que l'étude établit concerne des buveurs importants sur quatre semaines, pas un profil de risque sur une vie entière.

L'effet d'un mois sec tient-il encore six mois plus tard ?

Oui, et c'est le résultat le mieux construit du dossier. Les travaux de Richard de Visser à l'Université du Sussex ont interrogé plus de 6 000 adultes en trois vagues en 2019, début janvier, première semaine de février, puis en août. Les participants au Dry January buvaient encore moins en août qu'au début de l'année, alors que le groupe de comparaison issu de la population générale n'affichait aucune baisse.

Le facteur discriminant n'est pas la volonté mais l'inscription. Les personnes qui se sont enregistrées formellement et ont utilisé le site, l'application ou le suivi par courriel de la campagne avaient deux fois plus de chances de terminer le mois sans une goutte d'alcool que celles qui tentaient l'exercice dans leur coin. Parmi les participants de 2019, 87 % ont rapporté un sentiment d'accomplissement, 84 % une économie d'argent, 80 % un meilleur contrôle de leur consommation et 72 % un meilleur sommeil.

Le versant belge concorde. L'évaluation menée à l'Université de Gand par Thienpondt, Van Cauwenberg et Deforche sur la première Tournée Minérale relevait une baisse moyenne de consommation de 20 % chez les participants six mois après la campagne. Deux méthodologies distinctes, deux pays, la même direction.

Quelle place occupent les boissons sans alcool pendant un mois sec ?

Le seuil de 0,5 % vol, retenu en Europe pour la mention sans alcool, sert de règle du jeu à la quasi-totalité des campagnes, et les données d'achat penchent clairement vers la substitution plutôt que vers l'addition. Le travail le plus solide vient d'Espagne : Peter Anderson et Daša Kokole ont analysé les achats des ménages espagnols de 2017 à 2022 par séries temporelles interrompues, publiés dans Adicciones en 2024.

Chez les 1 791 ménages, soit 9,1 % de l'échantillon, ayant acheté pour la première fois l'une des onze bières 0,0 % de marque étudiées, les grammes d'alcool achetés ont reculé de 5,5 %. Le mécanisme est un échange direct : chaque litre de bière au-dessus de 3,5 % vol est remplacé par 0,75 litre de la même marque en 0,0 %. Chez les 337 ménages qui n'avaient jamais acheté la version alcoolisée de cette marque, la baisse atteint 14 %, portée surtout par un recul des achats de vins et de spiritueux.

Ce rapport de 0,75 est le chiffre à retenir. Il indique que le remplacement n'est pas volume pour volume et qu'il reste partiel, ce qui correspond exactement à ce qu'un mois sec demande sur 31 jours. Sur le plan pratique, la version sans alcool d'une boisson déjà présente dans le frigo fonctionne mieux qu'une catégorie inconnue achetée pour l'occasion.

Où s'arrête un défi de modération ?

Un mois sec sponsorisé s'adresse à des personnes qui boivent par habitude et ne constitue pas une prise en charge de la dépendance alcoolique. Alcohol Change UK pose la limite en toutes lettres sur le site du défi : une personne cliniquement dépendante peut mourir si elle arrête brutalement et totalement de boire, et toute personne qui présente des tremblements, des sueurs, des convulsions, des hallucinations, de l'anxiété ou des troubles du sommeil en redescendant doit s'adresser à un médecin ou à un service d'aide plutôt que de cesser d'un coup.

Cet avertissement n'est pas une précaution rédactionnelle. Il explique pourquoi ces campagnes sont formulées autour de l'habitude et du parrainage, et jamais autour du sevrage. Les éléments réunis ici décrivent ce que sont ces défis et ce que les études publiées ont mesuré. Ils ne constituent pas un avis médical.

Quelles sont les questions les plus fréquentes ?

Quand se déroule Sober October 2026 ?

Sober October 2026 couvre les 31 jours d'octobre, du jeudi 1er octobre au samedi 31 octobre. Le défi suit le mois calendaire et non une date de départ personnelle, comme le Dry January en janvier et la Tournée Minérale sur les 28 jours de février 2026.

Qui organise la Tournée Minérale aujourd'hui ?

Deux associations de prévention se partagent la campagne depuis 2021 : le VAD et De DrugLijn en Flandre, l'asbl Univers santé en Belgique francophone. La Fondation contre le Cancer, qui avait lancé la première édition en février 2017, a passé le relais après quatre éditions.

Faut-il choisir entre octobre et février ?

Aucune publication ne classe les deux mois l'un par rapport à l'autre, et la seule variable dont l'effet est mesuré reste l'inscription formelle. Les travaux de l'Université du Sussex montrent qu'un participant enregistré a deux fois plus de chances de terminer son mois sans alcool, ce qui compte davantage que la saison retenue.

Une bière 0,0 % rompt-elle le défi ?

Les campagnes acceptent les boissons à 0,5 % vol ou moins, seuil légal européen de la mention sans alcool. Les données espagnoles indiquent que ces produits se substituent aux boissons alcoolisées plutôt que de s'y ajouter, dans un rapport de 0,75 litre de 0,0 % par litre de bière au-dessus de 3,5 % vol.

Sources

  • Tournée Minérale, site officiel opéré par l'asbl Univers santé, page « Qu'est-ce que Tournée Minérale », consultée le 7 septembre 2026 : première édition en 2017 sous la Fondation contre le Cancer, plus de 120 000 inscriptions la première année, transfert au VAD et à Univers santé depuis 2021, dixième édition, près de 1,5 million de Belges déclarant avoir participé.
  • W. Samyn et S. Busschaert, Rapport d'évaluation Tournée Minérale 2025, Indiville, Belgique, 2025 : 80 % des participants déclarant au moins un effet positif, un participant sur trois déclarant une consommation réduite depuis sa première participation.
  • A. Thienpondt, J. Van Cauwenberg et B. Deforche, Tournée Minérale 2017, rapport final novembre 2017, Faculté de médecine et des sciences de la santé, Université de Gand : baisse moyenne de consommation de 20 % six mois après la participation.
  • H. Bruggeman, G. Nélis et L. Gisle, Cohorte belge santé et bien-être BELHEALTH, bulletin n°2, Sciensano, 2023 : 18 % des Belges de 15 ans et plus présentant des signes de surconsommation.
  • Mehta G. et coll., Short-term abstinence from alcohol and changes in cardiovascular risk factors, liver function tests and cancer-related growth factors, BMJ Open, 2018 : 94 abstinents, 47 témoins, 258,2 g d'alcool par semaine à l'inclusion, HOMA -25,9 %, systolique -6,6 %, diastolique -6,3 %, poids -1,5 %, VEGF -41,8 %, EGF -73,9 %.
  • Université du Sussex, recherche de Richard de Visser sur le Dry January, publiée le 27 décembre 2019 : plus de 6 000 adultes, trois vagues en janvier, février et août 2019, taux de réussite doublé chez les inscrits, consommation encore réduite six mois plus tard.
  • P. Anderson et D. Kokole, Substitution of higher-strength beers with zero-alcohol beers, analyses de séries temporelles interrompues sur les achats des ménages espagnols 2017-2022, Adicciones, volume 36, numéro 3, 2024, pages 299 à 316, DOI 10.20882/adicciones.1866.
  • Sober October, site officiel soberoctober.org.uk, consulté le 7 septembre 2026 : dates 2026, format de 31 jours, bénéficiaire Alcohol Change UK, avertissement publié sur la dépendance alcoolique.